Le MMA vu par un intellectuel – Interview Fightsport

Ayant repéré dans un premier temps l’info sur le forum all-mma, je suis également tombé sur cette interview sur le site officiel de Maurice Dantec. A lire pour tout les pratiquants de MMA🙂

m_dantecQuand votre passion du Mixed Martial Art démarre-t-elle ?

– cela se produit en plusieurs étapes :
1) j’ai pratiqué le judo et le karaté lorsque j’étais un jeune adolescent.
2) j’ai pratiqué le « street-fighting » durant les « années punk », 1976-80 en gros, cela consistait surtout en beaucoup de course à pied, un peu de boxe thaï aussi, et quelques séjours à l’hôpital.
3) J’ai fait diverses rencontres dans certaines zones de guerre.
4) à mon arrivée au Canada, en 1998, l’UFC était en pleine expansion, par hasard je suis tombé sur un combat sur une télévision US, j’ai vu la cage, j’ai me suis cru dans MadMax, j’ai immédiatement accroché, j’ai commencé à suivre l’évolution de la chose.
5) Fin 2004, David Kersan est devenu mon agent. Il avait été créateur et participant du premier cercle underground de free-fight à Paris, il connaissait bien le domaine, il m’a montré une vidéo du Pride, dont j’ignorais l’existence. J’y ai vu Nogueira, Wanderlei Silva, Mirko Cro-Cop, Fedor Emilianenko, Josh Barnett, Shogun, Kharitonov. Bref, j’ai compris que j’étais face à quelque chose qui dépassait le simple « art martial » au sens traditionnel, et même « moderne ». C’était le premier véritable « sport de survie totale ». C’était le premier sport de combat basé sur une synthèse active des meilleures techniques de chaque discipline. C’était une sorte de mixage improbable entre les méthodes de lutte militaires et le combat de rue des favellas sur une base d’arts martiaux japonais et de thaï-boxing. C’était comme un « underworld » qui émergeait à la surface du monde prétendûment « civilisé », tel un tsunami, au milieu d’arénas de 50,000 personnes, au Japon. C’était le 21e siècle, dans toute sa splendeur paradoxale. C’était le retour de l’Âge des Héros au coeur du monde du titane et du silicium.

Dans votre dernier livre, Grande Jonction, vous êtes le tout premier écrivain au monde à écrire une scène de combat en MMA. Pouvez-vous nous dire pourquoi un tel choix martial ?

– Parce que les MMA sont le futur. Et pas uniquement le futur des sports de combat. Non seulement ils seront ce qui restera lorsque tous les autres sports auront disparu, mais ils deviendront des éléments de base de la vie quotidienne, car les règles de survie dans le monde de l’Après-Machine sont bien plus implacables que celles que la « Métastructure » du roman précédent ( « Cosmos Inc. ») avait édictée pour toute l’humanité. Dans le Territoire de Grande Jonction « tout est une machine, donc tout est un piège ». C’est par un rapport singulier avec la mort (comme mon personnage Youri Mc Coy le pratique) que la vie vous apparaît dans toute sa luminosité. C’est parce qu’ils savent donner la mort comme des spécialistes que mes « héros » sont en mesure de protéger la vie, jusqu’au sacrifice. C’est parce qu’ils sont des guerriers qu’ils sont aussi des « Médecins ».
Dans l’absolu (je veux dire : en dehors du ring), un combat de free-fight n’apparaît que si la vie et la mort sont en jeu. C’est ce qui fait l’intensité d’un combat du Pride, de l’UFC ou du K1, vous avez l’impression très nette qu’il s’agit d’un duel à mort, qui irait jusqu’au bout sans la présence modératrice des arbitres. Tout simplement parce que la logique tacite de tout véritable combat est cette terrible finalité. Les Hommes du Territoire sont eux mêmes des pièges, quel plus beau piège qu’un Juji-Gatamé ? Je ne pouvais pas me permettre une faute de cohérence à ce stade du roman.

Vous avez acceuilli Fedor Emelianenko lors de son passage à Paris avec un « You are the Future » et avez décidé de le faire exister dans votre roman. Qu’est ce qui vous a ému chez ce combattant ?

– Emilianenko est un pur condensé de l’être russe. En dépit de sa stature imposante, il a pratiquement l’air d’un enfant, timide, introverti, ses entrées sur le ring sont à l’exact opposé de celles de Wanderlei Silva, par exemple. Il regarde tout juste son adversaire. Ses yeux sont remplis de toute la mélancolie propre à l’âme slave. Il semble perdu dans une Sibérie intérieure, avec un calme, une sérénité d’une redoutable humanité.
Puis dès la première micro-seconde du match, c’est la 1ere Armée de la Garde qui se met en branle, aucun panzer ne peut lui résister. Je sais aussi que c’est un Patriote russe, et il est tout bonnement le seul homme au monde à pouvoir porter le titre de « 1 sur 6 milliards ». J’en fais un simple personnage tout juste existant dans le roman, l’Instructeur mythique d’un maître russe qui enseignera à son tour les techniques de MMA à mes personnages. C’était une question de date, en 2069/70, aucun d’entre nous ne sera sans doute plus de ce monde. Mais il fallait qu’il soit là, même sur deux lignes d’un paragraphe.
À lui seul il est la revanche de la Russie sur ce terrible et minable XXe siècle.

Quels sont vos combattants préférés et pourquoi ?

Fedor Emilianenko, je vous ai dit pourquoi, je résume : Il est l’Esprit de Stalingrad, il est le tueur de panzers.
Mauricio Shogun, la classe ultime en Jiu Jitsu brésilien, avec son confrère Nogueira, sorte d’anaconda (tout juste) humain.
Mirko Cro-Cop, pour des raisons « politiques » évidemment, mais j’admire vraiment sa ténacité, son courage, son calme machinique. J’éprouve aussi beaucoup de compassion pour son authentique fragilité psychologique, et c’est tout bonnement un des meilleurs « kickers » du monde.
Wanderlei Silva, pour l’énergie pur Brazil, la Chute-Boxe, la  volonté pyromane, l’intensité entremêlée à la perfection technique, et pour sa joie communicative. Et le clan Gracie évidemment.

Nous avons appris que vous allez commencer des cours de MMA au Québec. Une envie soudaine de mettre des coups ?

– Non, d’abord le désir de passer à une étape supérieure de mon entraînement quotidien et aussi, je dois le dire, une envie de pouvoir bien faire comprendre que je ne suis pas prêt à en prendre sans exposer l’adversaire éventuel à des risques hors de proportion.

Comment voyez-vous le MMA à l’époque de Grande Jonction, 2070 ?

– comme la méthode de survie des « Hommes du Territoire », ceux qui savent que vie et mort sont étroitement entremêlées. Dans un monde où les machines disparaissent, et les humains aussi (puisque les uns et les autres ne forment plus qu’un seul « méta-organisme »), le « progrès » se met à avancer à rebours. Une lutte à main nue sera parfois plus efficace qu’avec des armes à feu, mieux « adaptée » au Territoire. Mais dans la sphère propre à la lutte à mains nues, le « progrès » dynamique « normal » continue de jouer son rôle : ce sont les facultés techniques et tactiques, venues des MMA, qui assurent la victoire. C’est le bon vieux principe de l’inclusion essentielle du principe contraire dans le principe de base, contraire à Aristote, conforme à la Révélation. Même les MMA ont un rapport avec la transcendance !

Mathieu Kassovitz va adapter un de vos roman, Babylon babies cette année avec Vin Diesel et Daniel Craig. Un combat opposera Toorop à un guerrier cyborg du futur. Quel combattant actuel du MMA pourrait jouer ce rôle futuriste ?

– Fedor Emilianenko, of course, mais Toorop n’aurait strictement aucune chance.

Grande Jonction est un Territoire d’hommes d’honneur, de courage, celui « des derniers hommes ». Le Pride pourrait-il être une sorte d’anti-chambre de Grande Jonction ?

– Ce n’est pas un hasard si mes deux personnages principaux, mes deux « chasseurs de primes » sont experts en free-fight. Comme je vous l’ai dit lors d’une question précédente, les MMA deviendront un mode de vie intégré aux « pièges-machines » du Territoire. Ils ne sont pas l’anti-chambre de Grande-Jonction, mais au contraire son aboutissement et son « éthique ». Le Territoire lui-même est un ring à l’échelle de toute une région. Et c’est le Monde en son entier qui, en 2070, est en train de le devenir.

Ecrirez-vous un jour un roman dans l’esprit de Chuck Palahniuk avec Fight Club ?

– Non, je ne crois pas, ce qu’a écrit Palahniuk dans le genre est indépassable. En revanche, comme Jack London à son époque avec les débuts de la boxe anglaise, on peut envisager écrire quelque chose sur le Pride (ou disons les MMA en général). Le problème : beaucoup de livres et de films ont été produits se situant dans le monde des sports de combat (arts martiaux, boxe, lutte, etc). Il faut trouver un angle d’attaque novateur qui corresponde en plein avec cette « multi-discipline » martiale, propre au siècle qui vient de commencer. Ce n’est pas gagné d’avance, mais cela pourrait valoir le coup d’essayer.

Ecrit par Maurice G. DANTEC

En complément, une petite photo de Maurice et certainement l’un de ses combattants préférés😛

fedor_maurice

A propos Jack Hammercore

"Il n'y a que la vérité qui blesse"... Non, y'a mon poing dans ta gueule aussi!
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